Category: Inde


vallée de Markha


Trek de la vallée de Markha

Du 27 juin au 8 juillet 2011

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Ce voyage en famille sur le haut plateau du Ladakh est une manière de découvrir deux  aspects paradoxaux de l’Inde, celle de la nouvelle classe moyenne s’embouteillant dans les cols au dessus de Manali pour accéder aux stations de ski, puis celle des familles vivant loin de tous les biens communs de consommation, dans un univers encore préservé de l’asphalte et des bruits mécaniques.   A trois, unis dans l’effort bien souvent, il s’agit de relever un défi : monter deux cols de 5000 et 5200 m avec la nourriture et le toit sur le dos…  Ainsi affranchis,  nous allons plonger dans des univers tantôt minéraux tantôt paradisiaques et toujours stupéfiants de beauté.

Localisation :


carte situationcarte détail

A peu de kilomètres au sud de Leh, Etat du Jammu et Cachemire.

Quelques objectifs :

effectuer un premier trek nécessitant une autonomie partielle en nourriture et couchage, se retrouver dans l’ambiance originelle d’une vallée de montagne. Tester les organismes en haute altitude et si possible battre le record (5545m ;-). Voir sur place la possibilité d’une ascension du mont Hemis (5650m) à partir des relevés  de niveaux sur Google Earth.

Préparatifs :

côté matériel, sacs chargé à 14, 12 et 8kg. La tente Jamet vieillissante pour Alexia et  Sylvie, une toile de tente qui tiendra avec les 2 bâtons de marche pour moi. Sacs de couchage réputés tenir à -19°C… Fruits secs, cappuccinos, saucissons, soupes, nouilles et paté pour 4 jours d’autonomie.

Le tracé du chemin est enregistré sans trop de difficulté sur Google Earth et rentré dans le GPS Garmin. Echanges sur Lonely Planet pour connaître les haltes avec et sans ravitaillement possibles. Seul Le trajet avant et après  Kongmaru la , la halte à Nimaling semblent poser problème. En fait, il n’en sera rien. Nimaling offre gite et couverts, au moins à cette saison.

Quelques points pratiques:

données et valeurs 2011

Pour arriver à Leh, le passage par Delhi est pratiquement incontournable. Prendre l’avion est la solution la plus simple et la plus rapide. Cette solution offre la possibilité d’y accéder bien avant l’ouverture des cols, un peu aléatoire, vers le 20 juin. Le bus ou mieux, un mixte train + bus permet le plein contact avec la population, l’acclimatation à l’altitude et la traversée de paysages spectaculaires. Le passage des cols à plus de 5000m sur la deuxième route la plus haute du monde est une épreuve pour beaucoup. Une grosse migraine est au menu.

Il est bien possible d’effectuer le trek en solo sans équipement spécial, en 7-8 jours. Il n’est pas requis de permis. Un seul droit d’entrée à l’entrée du parc doit être acquitté sur un forfait estimé de jours : 20Rs/j.personne.

L’usage d’un GPS est un luxe car le chemin est bien marqué, même dans les cols. Il pourrait y avoir une courte hésitation à l’embranchement d’une ou deux vallées mais il suffit de suivre le cours du torrent principal et le plus gros sentier.

Attention à l’eau notamment pour le passage du Kongmaru la. Il faut compter 2 heures de marche en descente pour trouver le premier point d’eau (voir agenda  Camp du Col)

Trois possibilités :

1-      Totalement pris en charge avec chevaux, porteurs, tentes, guide, nourriture. Le marché peut se faire dans Leh. Il y a force concurrence. Compter 55€/j.personne à deux 50€/j.personne  à trois par exemple (valeurs 2011)

2-      Indépendant avec arrêts dans les homestays sur le parcours. Bien vérifier leurs ouvertures aux points stratégiques (Nimaling en particulier) hors saison. L’office du tourisme à Leh est très compétent. Si le camp de Nimaling est fermé, cela fait une grosse étape une très  grosse étape entre  Hankar et Chogdo voir Sumdo. L’accueil dans les homestays est chaleureux la plupart du temps. Les coûts sont normalisés : 400Rs/personne pour le diner, un lit, un petit déjeuner correct et un piquenique honnête pour le midi. Attention, il est peut être difficile de déjeuner le midi dans les villages. Hygiène assez limite : la seule eau courante est à l’extérieur et bien souvent le torrent !

3-      Indépendant avec tente et nourriture pour le confort et s’arrêter de temps en temps dans des lieux surnaturels tout en profitant des homestays pour faire des rencontres. (assez peu de pratique de l’anglais). Compter 100Rs par tente.

Attention : peu à très peu de monde, trekkeurs ou villageois, croisés sur les chemins.

Les altitudes indiquées sont celles de Google Earth.

 agenda, relevés d’étapes et carte du parcours

arrivé à km j km cum alt
27-juin Jingchang  34° 6’5.85″N  77°24’39.22″E 14,62 14,62 3378
28-juin Yurutse  34° 2’37.19″N  77°24’24.39″E 9,05 23,67 4091
29-juin cb Ganda la  34° 2’45.99″N  77°22’35.42″E 3,03 26,7 4530
30-juin Shingo  34° 1’29.79″N  77°17’55.74″E 8,30 35 4055
01-juil Skiu  33°58’45.16″N  77°15’45.26″E 7,10 42,1 3346
02-juil Sara  33°55’40.35″N  77°21’16.15″E 11,64 53,74 3571
03-juil Markha  33°53’7.80″N  77°25’25.16″E 9,05 62,79 3767
04-juil Hankar  33°50’19.48″N  77°30’2.81″E 10,00 72,79 3976
05-juil camp du lac  33°48’24.23″N  77°33’33.95″E 7,87 80,66 4662
06-juil camp du col  33°48’26.10″N  77°37’45.63″E 9,95 90,61 4864
07-juil Sumdo  33°51’14.77″N  77°42’29.32″E 10,51 101,12 3672

 carte parcours

Journal de bord

Le 27 juin Spitok – Jingchang 3378m

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La route pour rejoindre l’entrée du chemin à Spitok contourne l’aéroport. Nous avons pris un taxi qui nous dépose au pont. C’est à cet endroit que l’on s’acquitte des taxes d’entrée dans le parc. Il faut déclarer un nombre de jours prévus. Le taxi nous propose de nous emmener vers Jingchang car une bonne piste est maintenant ouverte jusqu’à ce hameau. Ses tarifs sont prohibitifs et sans comparaison avec ceux qui sont appliqués dans la région. Nous préférons commencer par nos propres moyens plutôt que de nous faire arnaquer : nous avons le temps et nous restons conformes à notre projet.

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Le début est difficile parce que la piste est poussiéreuse et totalement exposée au soleil.  Nous nous faisons doubler par une petite équipe plus dynamique en traversant le plateau pour nous engager dans la première vallée.

Le reste de la journée est tout autant fatiguant parce qu’il faut nous habituer au nouveau rythme. L’altitude est déjà bien supérieure à celle de la plupart des treks à leurs commencements. Nous avons eu le temps de nous acclimater à Leh et nous n’en souffrons pas, au moins en apparence.

Alors que je suis assis en attendant les deux filles un peu à la traîne, une vieille dame vient vers moi et me fait comprendre que nous pouvons l’accompagner chez elle de l’autre côté du torrent. Il faut reconnaître que nous n’aurions pas déniché notre halte de Jingchang sans elle. Une belle bâtisse ladakhi pour reprendre des forces. Le diner est copieux, la chambre correcte. Les toilettes sont sèches. Il n’y a pas d’eau à l’intérieur de la maison. Le torrent s’impose pour la douche du soir! La cuisine et le séjour sont splendides avec une batterie de cuivres étincelants. Nous retrouverons ce modèle tout au long du chemin.

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Le 28 juin Jingchang – Yurutse 4091m

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Notre hôte nous remet sur le chemin après le petit déjeuner (toast œufs, thé au lait sucré). Le poids de nos sacs impose une progression lente. Le dénivelé sera rude aujourd’hui. La gorge dans laquelle nous nous enfonçons  nous offre plus d’ombre qu’hier.

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Nous déjeunons au niveau de Rumbak (34° 3’32.83″N ; 77°25’21.35″E) dans un petit restau installé sous une toile de parachute. Ces abris sont aussi normalisés que les prix. Les tâches circulaires blanches sur les photos satellites de Google Earth ne sont plus une énigme maintenant ! Les déjeuners seront la plupart du temps légers dans ces abris: petits paquets de pâtes chinoises et milktchai ou coca. Il y a aussi des biscuits et du chocolat pour Alexia !

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La montée continue se poursuit l’après midi et nous nous arrêtons sur un replats à côté du chemin  à 1 km de Yurutse pour tester le matériel de campement.

Les conditions sont spartiates, c’est le prix de la liberté.

Le 29 juin  Yurutse – second Camp de base de la Ganda la 4530m

Petite étape aujourd’hui pour s’acclimater tranquillement à l’altitude. La raréfaction de l’air commence à se fait sentir.

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Yurutse se compose d’une grande bâtisse convertie en homestay (34° 2’35.59″N ; 77°24’5.96″E). Les petits champs ordonnés en terrasses et la couleur verte presque fluorescente des plantes la mettent en valeur. C’est un paradis inattendu niché dans les montagnes arides. Nous y complétons le petit déjeuner avec des chapatis et du thé.

Nous déjeunons au premier camp de base (34° 2’47.29″N, 77°23’16.02″E ?). Il est possible d’y dormir apparemment.

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Le temps est gris aujourd’hui et quelques gouttes de pluies viennent nous refroidir de temps en temps dans l’après midi. La montée pratiquement continue se poursuit jusqu’au second camp de base. Nous découvrons les premiers pics enneigés dans les nuages et rencontrons nos premières marmottes. Le camp de base est composé de quelques tentes. Il doit être possible d’y dormir à la mode des homestays.  Dans l’une d’entre elles, nous nous restaurons. Nous nous installons sur une terrasse, un bon kilomètre au dessus du premier camp.

Le 30 juin  Camp de base de la Ganda la – Shingo 4055m

La montée semble ne jamais vouloir finir. Le temps reste majoritairement gris et nous ressentons le froid dés que nous nous arrêtons. La vue se découvre sur des pics secs et en dents de scie.

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Nous ne restons pas longtemps au col (34° 2’29.29″N ;77°21’44.71″E ;4975m) car le vent nous glace.

Le temps se découvre dans la descente. Shingo est le premier village après le col et nous nous y installons pour la nuit. Nous campons encore une fois bien qu’un homestay aurait pu nous ouvrir ses portes.

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 Le 1er juillet Shingo – Skiu 3346m

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La vallée se rétrécit pour donner sur la vallée de la Markha. A l’intersection se situe Skiu. On sent bien que d’ici peu, une route arrivera en provenance de Chilling sur la droite. Une pelleteuse a été débarquée, certainement par hélicoptère ? C’est toujours un mystère ces gros engins au milieu de nulle part. L’électricité encore incertaine est déjà là pour désenclaver la vallée.

L’état des troupes n’est pas très brillant et les filles envisageraient bien de tourner à droite, justement, pour éviter les prochaines ascensions. Il faut que je leur fasse croire que les montées sont encore plus raides de ce côté et aboutissent à un cul de sac pour qu’elles changent d’avis. Un pieu mensonge pour leur redonner du courage…

Nous restons dans un homestay à l’entrée de Skiu où nous avons reçu un accueil très chaleureux pour le déjeuner. La luminosité est particulière ici  avec l’alternance de gros nuages gris et de soleil blanc. Nous nous promenons dans les jardins alentour.

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Le 2 juillet Skiu – Sara 3571m

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C’est encore une petite étape pour ne pas provoquer les deux filles rapidement enclines à râler.

La vallée de la Markha est bien large.  La route est devenue moins pentue et nous profitons d’un temps plus clément à partir de Skiu. La vallée offre des paysages grandioses opposant le vert des champs et le gris des rocailles composant les versants des montagnes.  Les gens ici vivent simplement, avec un confort rudimentaire qui n’affecte pas leur bonheur de vivre, au moins en apparence. Il est vrai que nous sommes en plein été.

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A Sara, nous plantons la tente dans la propriété d’un homestay. Les propriétaires  en profitent pour se débarasser de leur gamin très curieux et turbulent. Il nous rejoint pour arracher les piquets de la tente. Nous frisons l’incident diplômatique avec les parents. Cool.

Toilette complète dans la Markha.

Le 3 juillet Sara- Markha 3767m

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Le chemin continue de monter tranquillement vers le plus gros bourg de la vallée s’il a donné son nom au torrent. Nous effectuons nos premiers passages à gué.  Rien que du bonheur pour les pieds.

Depuis que nous avons pris notre rythme, nos étapes sont pratiquement la moitié des étapes décrites dans les guides. Nous profitons à plein du temps qui passe, avec les gens ou simplement à contempler les paysages. Le temps revenu au beau fixe nous a remis définitivement de bonne humeur.

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Nous passons deux premiers homestays en lisière du village pour en chercher  un en ville. Il n’y en a pas. Nous n’en trouvons pas plus à la sortie. Nous sommes obligés de revenir sur nos pas. Nous plantons les tentes une nouvelle fois.

Nous faisons une rare rencontre avec des trekkeurs. Ils sont suisse australien et autrichien et nous sommes heureux de pouvoir échanger avec eux et passer une soirée bien sympa.

Le 4 juillet Markha – Hankar 3976m

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Nous partons avec un temps très couvert mais il s’éclaircit dans la journée. Dommage pour les photos de Markha. Nous passons deux fois à gué. Les versants des montagnes rejoignent de plus en plus le cours du torrent. Nous découvrons, par derrière, le cône d’un 6000  majestueux. Nous arrivons à Hankar pour déjeuner (riz et légumes pour 60Rs).

Lessive et toilettes dans la Markha l’après midi. Nous abandonnons la vallée demain. Ce sera aussi la dernière nuit sous la tente dans des conditions confortables de température.

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Le 5 juillet Hankar – Camp du lac 4662m

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Nous sommes partis tard ce matin à 9 :30 car je me suis aperçu que mon carnet de bord avait disparu.Nous cherchons dans la maison et dans le jardin. Je le retrouve finalement caché sous un bosquet par le gamin (5 ans !) de nos hôtes…, il faut décidément surveiller ces mioches aux allures si sympathiques  de premier abord.

L’ambiance change aujourd’hui avec la pente du chemin qui s’accentue. Finies les promenades champêtres. Il nous faut aborder les contreforts qui nous mèneront au Kongmaru la. La vraie épreuve commence…

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Nous nous arrêtons pour déjeuner au bord du torrent. Un troupeau de gorals dégringole de la montagne. On compte une cinquantaine de têtes. J’avais mal situé Nimaling sur GE et mon point hypothétique se révèle faux. A chaque fois que nous croisons un berger, nous lui demandons si nous sommes encore loin. Ils répondent invariablement 2 à 3 heures. Mais le temps passe et nous nous épuisons dans la montée. A 16 :30, nous nous rendons compte qu’il sera très difficile d’atteindre cette dernière halte avant le col.

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Nous trouvons un endroit extraordinaire pour passer la nuit, au bord d’un petit  lac et protégés du vent  par les murets d’un refuge probablement de berger. Il y a assez de bois pour faire la cuisine sommaire et se réchauffer un peu. Je trouve une source à l’amont  du lac. Nous assistons au coucher de soleil sur le Yang Yatse 6401m. Il semble à deux pas de nous.

Il n’était pas possible de trouver meilleur emplacement pour passer la nuit. Nous exploitons l’intégralité de notre équipement sans l’avoir vraiment prémédité. La peine des kilos portés jusqu’ici n’a pas été vaine. C’est un plaisir double.

Grandiose diner de pâtes soupe et pâté.

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Le 6 juillet Camp du lac – Camps du col 4864m

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Nous étions encore bien loin de Nimaling (33°47’11.45″N ; 77°35’38.80″E, c’est évident quand on y est passé!). Ce grand espace de prairies est agréable pour se reposer avant la grande montée en zigzag menant au Kangmaru la. Il est bien possible de s’y restaurer et d’y dormir sous des tentes installées au moins pour l’été. Les bergers ont l’air d’être installés ici une grosse partie de l’année.

Il faut être patient dans la montée, éviter de regarder plus loin que ses pieds pour éviter de déprimer. La respiration est difficile. Un rythme lent doit impérativement être trouvé pour ne pas s’essouffler. Les deux filles se transforment en tortues bougonnes. Elles s’arrêtent de plus en plus fréquemment. Le temps reste au beau mais je crains que les nuages ne viennent gâcher le panorama tout en haut. Je fais quelques aller retours pour décharger Alexia de son sac à dos.

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La victoire n’est pas mince quand on passe enfin les drapeaux de prières. Alexia s’est chopé une grosse migraine qui disparaîtra dans la descente.

Nous descendons rapidement de l’autre côté car le vent nous transperce. Il faut descendre longtemps avant de trouver un point d’eau où camper. Voilà encore un endroit fantastique où passer la soirée et la nuit. Le petit bois n’y manque pas.Nous ne sommes pas les premiers à nous y arrêter. Il est dommage que les droits d’entrée dans le parc ne soient pas utilisés pour un nettoyage de printemps même sommaire. La quantité de détritus, ici comme ailleurs, n’est pas très importante, mais visiblement là de longue date !

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Le 7 juillet Camp du Col – Sumdo 3672m

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Le temps est toujours très correct. Les deux filles se croient déjà arrivées au bout du périple. Elles sont enthousiastes à l’idée de dormir entre quatre murs ce soir, sur un matelas. La fatigue aidant, Sylvie glisse sur une pierre en traversant un gué, entraînée par son sac à dos. Elle s’abîme l’épaule.

Il n’est plus question de bifurquer sur la gauche après Chodgo pour aller tenter l’ascension du mont Hemis. Nous n’avons plus de nourriture et nous sommes trop fatigués. Une telle aventure pourrait se concevoir indépendamment d’une longue  marche préalable.

Les parois de la montagne sont parfois découpées en languettes dentées formant  des multitudes de scies parallèles. Nous traversons le village de Chodgo inutilement. Il ne semble pas y avoir de homestay ni de tea stall pour se restaurer.

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A Sumdo, nous retrouvons la civilisation mécanique après 10 jours d’un bénéfique sevrage. Un bus nous prend à 9:00 . Direction Leh, presque sans arrêt.

Annexes  Mémoires de voyageurs

Sortir de la ville.

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Delhi – Au petit matin les quais sont déjà bondés. On enjambe les corps, endormis pense-t-on. Dorment-ils ? Nous cherchons dans cet imbroglio notre chemin et nos sacs nous ralentissent. Rien n’est affiché et les gens ne comprennent pas vraiment ce que nous leur disons. Ils nous indiquent des plateformes aux chiffres inexistants.

Un quai plus probable que les autres pour finir. Ici les mauvaises odeurs sont pestilentielles car les gens font leurs besoins sur les voies. C’est l’Appel de la Terre: Tout le monde en même temps, sans pudeur. J’ai déjà vu ces rituels lors d’un précédent voyage mais les gens étaient dehors, dans leurs bidonvilles dégringolant sur les voies.

Nous nous invitons dans ce monde curieux de notre présence. Il n’est pas possible de poser nos sacs par terre. Car la fange les salirait inexorablement. Nous attendons au milieu de la foule. Le jour est maintenant bien levé.  Un train entre en gare lentement et les gens s’agglutinent  contre les voitures encore en marche. Ils essaient de rentrer par les fenêtres trop petites lorsqu’elles ne possèdent pas de barreaux. Quand ils ne peuvent pas entrer, ils posent leurs affaires sur les sièges pour réserver leurs places.

Nos sacs sont nos ennemis. Ils nous empêchent d’être assez fluides dans ses marées humaines sans cesse refluantes. Une porte enfin ouverte où tous ceux qui ne sont pas passés par les fenêtres s’engouffrent.  C’est bien parce que l’on a pitié de nous que nous trouvons finalement à nous asseoir.

Et puis les choses et les gens se tassent dans un semblant d’ordre, avec calme, avec résignation. Tout semble immobile, comme dans un équilibre précaire et tendu. La vie est redevenue presque vivable, non que les puanteurs aient disparu, pas plus d’ailleurs que cette chaleur humide qui colle les vêtements et les peaux à la peau.

Le train s’ébranle. Ce soubresaut donne un sens à nos efforts. Nous allons enfin sortir de la ville.

L’imposture de Mac Leod Ganj

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Nous en avions rêvé au point qu’il n’était pas envisageable d’organiser notre entrée dans les Himalaya sans passer par là : Dharamsala alias Mac Leod Ganj, la cité refuge des tibétains, la cella du bouddhisme, le centre du monde de la sagesse, le havre de la paix intérieure…

En fait d’imposture, tout a commencé quand notre bus s’est  englué dans un embouteillage inextricable de voitures montant, descendant et garées à l’approche de Dharamsala. Seuls les klaxons fonctionnaient, comme s’ils allaient pouvoir, à eux seuls, arranger la situation. Le chauffeur a trouvé la solution pour finir en nous faisant tous descendre pour faire demi tour. Nous avons fini notre route à pied, excellent entrainement pour les marches futures après tout. Bienvenue à Dharamsala !

Mais ce n’est qu’un commencement, un avant goût de notre séjour  dans ce paradis imaginaire. Dans la cohue et les enchevêtrements métalliques, nous avançons vers un guest house. La pluie s’est entre temps mise de la partie. L’hôtel est aussi plein que la rue. Reste une dernière chambre donnant sur la rue. Elle est propre, le personnel accueillant, la carte alléchante (c’est  un des lieux où nous mangerons le mieux du voyage). Nous décidons de rester et allons déjeuner.

C’est en rentrant dans la chambre pour une sieste bien méritée que nous comprenons notre malheur : la rue s’est décongestionnée : une cacophonie en tut majeur qui nous attend jusqu’à la nuit fort avancée.

La classe moyenne en Inde

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En ce moment, quand on parle de l’Inde en France, c’est bien souvent sous un angle purement économique. L’inde fait peur! Il s’agit d’un de ces fameux pays émergeants qui pourraient bientôt avoir voix au chapitre dans nos instances internationales. Ils nous volent notre travail. Ils travaillent pour une poignet de riz. Et Tata avec sa nouvelle voiture à 2000USD qui a osé racheter nos belles Jaguar. Et Mittal, le Grand Méchant Patron sans humanité qui joue avec nos belles usines comme au Monopoly. On va le virer, hein? Et patati, et patata.

Quand on tente de rejoindre Manali, au pied des montagnes de l’Himalaya, on s’affronte à l’ émergence économique de l’Inde par des aspects beaucoup plus prosaïques. 300 millions d’indiens sont entrés brutalement dans la classe moyenne. C’est-à-dire que ces gens ne travaillent plus seulement pour manger, se loger et s’habiller, survivre quoi! Ils accumulent assez d’argent pour accéder aux loisirs et aux besoins non vitaux plus généralement. A commencer par les vacances et par l’automobile. Ils font comme nous dorénavant. Ils font comme nous il y a cinquante ans et comme nous encore aujourd’hui. Mais ils sont beaucoup plus nombreux d’une part et d’autre part les infrastructures n’ont pas évolué.

Ils sortent donc des mégapoles en voitures particulières et forment d’énormes files continues pour aller en vacances. On dirait qu’ils se sont tous donné rendez vous à Manali. Il faut dire que l’air y est beaucoup plus frais que dans la plaine. Imaginez la neige à Delhi! imaginez un champs d’asperges sur Mars! Voir la neige, glisser sur la neige pour la première fois!

En attendant, les files se sont immobilisées sur de nombreuses dizaines de kilomètres, dans les deux sens. En effet la route est trop étroite pour se croiser et il y en a toujours pour tenter de doubler pour passer coûte que coûte. Ce n’est pas spécialement indien. Les indiens sont par contre plus fatalistes que les occidentaux. L’hindouisme veut cela. On peut donc voir deux files continues bloquées et des segments de files tout autant bloqués, à contre sens. Les gens restent toujours souriants. Ils rouleront sur des autoroutes dégagées dans leur prochain karma…  En attendant, ils nous prennent en photo avec leurs bébés pour constituer leurs albums. Nouveau hobby.

C’est de cette manière que nous battons notre record de lenteur en bus pour atteindre le Ladakh: 115 km en 12 heures, debout, 9.58km/heure.

L’avion ? C’est juste 100 fois plus rapide!

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Trek de la vallée de Milam – Sur la piste du Nanda Devi

octobre 2012

  Lonely Planet affirme que ce trek est difficile. Lorsqu’on étudie les cartes et la topographie, on peut s’en étonner: les dénivelés moyens sont peu importants ainsi que l’altitude maximum (4000m environ). En effet, beaucoup de ballades en montagne nous amènent à des altitudes supérieures à 5000m. Comme nous le verrons, LP ne se trompe pourtant pas. Ce trek de six jours au minimum et auquel nous avons consacré le double de temps devient parfois un véritable enfer: pistes effondrées et déviées, roches en équilibre instable et tapis de pierres disjointes auxquelles on essaie de préférer les bas côtés, lorsqu’il y en a, pour éviter de se tordre les chevilles…

Notre objectif: Il est d’approcher au plus près ce monstre qu’est le Nanda Devi, montagne sacrée de 7811 m en rejoignant un de ses camps de base à l’est de son sommet. Un objectif annexe est de traverser le glacier de Milam par sa rive gauche avant de retourner dans la basse vallée.

Contexte: Voyager léger pour être flexible est notre devise pour ce type de voyage. Eviter le poids de bagages excessifs tout en assurant un minimum d’autonomie pour être en plein au centre des évènements, quitte à prendre des risques. La période privilégiée est l’automne suivant la mousson d’été particulièrement longue et abondante cette année 2012 (on faisait état de glissements de terrains dus aux inondations dans la plaine à la mi septembre). Le mois d’octobre est aussi le mois des migrations des habitants de la haute vallée. Comme plus aucune activité pastorale n’est alors possible et puisque la route commerciale passant par Milam a été abandonnée en 1962, la haute vallée se vide de  ses habitants pour les six mois d’hiver. Beaucoup de villages sont ainsi temporairement totalement abandonnés.

Préparation: ce trek est dans nos têtes depuis plusieurs années car la plage de temps où il est rendu possible avec un temps suffisamment dégagé est très étroite, de fin septembre à fin octobre. Nous avons utilisé Google Earth, Lonely Planet et le forum de Lonely Planet, très utile.  Nous n’avons pas trouvé de carte valable sur Paris car cette région est pratiquement inconnue. La précision des photos satellite nous a paru suffisante pour créer un itinéraire balisé à l’aide du GPS. Comme nous le verrons, cette préparation s’est avérée  incertaine du fait d’éboulements récents ayant modifié les implantations du chemin sur parfois plusieurs kilomètres. Il faut enregistrer chaque jour le trajet afin de conserver les distances journalières parcourues. Cela n’a pas été fait cette fois-ci. Cette année, nous n’avons pas accompli de préparation physique particulière en dehors du jogging, de la marche et de la natation. Nous sommes en bonne condition physique avant de partir. Sylvie est un peu fatiguée.

Sac à dos: les poids initiaux sont de 16 et 14 kg comprenant en particulier une tente 2 place de 1.5kg, deux sacs de couchage -9°C soi disant « confort » de 1.5kg chacun et des vivres pour 5 jours au moins incluant jambon séché, semoule, saucisson, comté, chocolat, café soluble, fruits séchés pour 4 kg. Ils sont trop lourds. Il nous faudra réduire leurs poids pour les prochaines expéditions.

Accès à la Vallée de Milam: La première partie à a été effectuée avec Air India de Paris à Delhi 22:30 – 9:30. Les vols avec cette compagnie sont toujours agréables et ponctuels pour l’instant, avec des tarifs compétitifs. Que demander de plus? Le train au départ de Old Delhi à 16 :00 est une bonne alternative pour éviter le bus de nuit partant de Ghaziabad le soir vers 22 :30. Arrêt après 7h de trajet à Haldwani où se trouve la gare de bus et de jeeps. Les jeeps sont un mode assez flexible pour se rendre à Munsyari à partir de Haldwani. Il ne semble pas possible de s’y rendre directement. Un ou deux changements sur la route sont sûrement nécessaires. Sans perdre beaucoup de temps, nous avons mis 38h pour atteindre Munsyari à partir de Paris.

Le voyage et le trek au jour le jour

  • Le 6 octobre:

Nous avons beau avoir l’habitude de circuler dans cette mégapole, nous nous faisons toujours dépasser par les évènements. Ainsi, c’est dans la bouche d’accès au nouveau métro que nous apprenons qu’il est fermé pour maintenance. Il le sera aussi à notre retour, plus de 2 semaines après. C’est étonnant de voir un si récent ouvrage paralysé de cette manière. Nous arrivons à New Delhi Railway Station vers 11h pour acheter des billets de train ND – Haldwani. En effet, il existe un bureau spécial à NDRS pour les touristes et des billets sont délivrés sur des quotas spécifiques. Nous savons qu’un train part à 16:00 mais la réservation en France sur le site internet est rendue impossible du fait qu’il faut donner un n° de téléphone indien! En arrivant, on nous dit que le bureau a été déplacé sur Connaught Square et nous le croyons bêtement. Il faut dire que nous essuyons la fatigue d’une nuit blanche. En réalité nous sommes emmenés dans une agence de tourisme. L’heure perdue nous empêchera de réserver nos places car le délai minimum est de 4 heures avant le départ du train. Il est bon par ailleurs de prévoir une attente d’au moins une heure car la file d’attente est longue. Nous changeons des euros dans Main Bazar Street afin de ne pas être coincé dans les villages de montagne où nos monnaies occidentales doivent faire l’effet de billets de Monopoly. Sauf si cela est vraiment nécessaire, il ne faut  jamais changer à l’aéroport car le change vous fera perdre 6% de la valeur. Nous filons à Old Delhi Railway Station en pensant prendre un bus de nuit (Ghaziabad) si nous n’arrivons pas à réserver directement nos places sur place. Là, nous achetons nos billets pour 136Rs/billet soit moins de 2€ pour 7 heures de train. Il y a un McDo à ODRS. Ce n’est pas que j’aime ce type de restau habituellement mais nous sommes trop heureux d’éviter la nourriture très épicée à laquelle il sera bien temps de s’y habituer par la suite.

Le train part à l’heure et nous sommes montés dans une voiture au hasard. Les contrôleurs sont bienveillants et nous laissent nous asseoir à des places numérotées auxquelles nous n’avions pas droit. Mais comment savoir où aller quand rien n’est indiqué? Heureusement, pour une fois le train n’est pas bondé. Nous devons quand même laisser 6 fois nos places à des voyageurs en règle. La nuit est tombée depuis longtemps sur la campagne chaude et humide. J’ai acheté un coca frais que nous mélangeons discrètement au Ballantine acheté au duty free pour arroser notre pique nique dînatoire. Nous ne sentons plus la fatigue du voyage. Nous sentons seulement que notre nouvelle aventure commence bien… Nous arrivons à Haldwani à 22:30 comme prévu. Nous sommes à la frontière de la plaine et des premières collines, contrefort des Himalaya. C’est probablement pourquoi la ligne de chemin de fer ne va pas plus loin. Le taxi nous conduit en quelques minutes à la gare des bus et des jeeps. Malgré l’heure tardive, nous sommes tout de suite abordés par des rabatteurs. L’un d’eux nous conduit vers le chauffeur d’une jeep qui part juste pour Munsyari. Des clients attendent déjà. Ils sont heureux de voir de nouveaux passagers car ils ne partiront que lorsque la voiture sera pleine. Nous ne tardons pas et nous nous engageons dans les premiers lacets sans voir grand chose. Serrés à quatre sur une des 2 banquettes arrière il nous sera impossible de dormir lors de cette seconde nuit du voyage.

  • le 7 octobre:

Nous sommes toujours en forme et de bonne humeur lorsque le soleil se lève et rosit la campagne tropicale que nous traversons. Nous nous sommes arrêtés plusieurs fois pour prendre  un tchai réconfortant dans une échoppe au bord de la route. Nous somnolons lorsque la jeep s’arrête vers 8:30. Sommes nous déjà à Munsyari? Le chauffeur nous détrompe. Nous sommes à Thal à 70km de Munsyari. Pourtant, il n’ira pas plus loin. Il nous invite à monter dans une nouvelle jeep dont le chauffeur nous dit qu’elle part à 10h pour notre destination finale. Il nous fait payer sa part, 650Rs sur les 900 qu’il demandait au départ. A 10:00 aucun nouveau client ne s’est présenté. Je sens mal la situation. Nous avons vraiment besoin de nous poser. Je négocie avec lui le prix d’un départ immédiat. 1200Rs. Quel luxe! Nous voilà repartis, chacun couché sur sa banquette. Nous ne tardons pas à nous endormir, non sans mauvaise conscience en voyant les trois passagers entassés à côté du chauffeur…

 

L’air devient plus frais et nous voyons apparaître les premiers pics enneigés.  Nous arrivons vers 13:00. Nous cherchons un hôtel en arpentant le gros village qu’est Munsyari.  C’est pourtant à côté de la gare que nous trouverons le meilleur (350Rs) le Pandet Lodge avec une vue splendide su r le massif du Panchachuli de la grande baie vitrée de la chambre.             

Le patron nous apprend qu’il n’y a plus de demande de permis à effectuer à la gendarmerie. Une simple déclaration doit être faite.Nous l’effectuons à la caserne qui se situe à peu de centaines de mètres de l’hôtel après un déjeuner d’omelette de riz de coca et de thé en 5 minutes. Nous sommes pourtant un dimanche !

  • Le 8 octobre : 1er jour de Munsyari (2157m) à Lilam (1634m)

Le soleil se lève vers 6 :30 sur les massifs vierges de nuages. Une légère brume couvre les vallées et marque les premiers rayons du soleil. Nous avons préparé un paquetage d’affaires inutiles pour le trek que nous laisserons à l’hôtel pour ne pas alourdir inutilement nos sacs à dos. Après un petit déjeuner copieux nous partons à 8:00. Nous en profitons pour acheter une lampe de poche (80rs) car j’ai cassé la mienne pendant le voyage. Nous avons décidé de partir à pied de Munsyari car il n’y a que 4.5km jusqu’à l’entrée du chemin. Une petite marche supplémentaire pour éviter la recherche d’un transport et des attentes non maîtrisées… Les points sont scrupuleusement consignés dans le GPS et nous suivons notre itinéraire sans difficulté. Le chemin en descente croise souvent la route bitumée en lacet. Une femme nous arrête en nous disant que le chemin de Milam n’est pas dans la direction que nous prenons et qu’il est en surplomb. Nous ne la croyons pas car le GPS est formel dans ses indications. Ce doit être une conspiration pour nous faire prendre un guide!

Vers 13:00, je pars explorer les pentes en hauteurs car le chemin s’est réduit et ne se distingue que par intermittence. Nous sommes inquiets. Je ne trouve rien et je reviens fatigué. Après un pique nique rapide,  je tombe, emporté par le poids du sac auquel je ne suis pas encore habitué. Je m’en sors avec un œil au beurre noir qui ne me quittera pas du voyage. Le poignet gauche est aussi un peu douloureux mais rien n’est cassé.

Nous continuons jusqu’à nous heurter à un énorme cône d’éboulis sous lequel disparaît le chemin. Les blocs de pierres sont instables et trouvent leur source à des centaines de mètres au dessus de nous. Nous choisissons d’explorer la zone sans le sac car nous nous voyons mal rebrousser chemin. Rien n’indique un chemin en surplomb. La journée serait pratiquement perdue. La progression, même sans le sac, est mal aisée. J’ai laissé Sylvie et je me retrouve face à une paroi verticale de la montagne dans laquelle je retrouve le chemin creusé en galerie. De l’autre côté, un nouveau cône d’éboulis nous attend.

A mon retour nous décidons cependant de tenter notre chance. L’avance est lente et précautionneuse. Chaque pierre peut être un piège. Nous retrouvons le chemin vers 16h à deux km de  Lilam, bordé de quelques maisons habitées. Ce hameau est devenu un cul de sac et les habitants nous regardent, étonnés et compatissants.  Les montées sont de plus en plus raides mais nous sommes rassurés. Nous n’arrivons qu’à 17:30, épuisés et incapables même de pénétrer dans le village, nous nous installons dans la première auberge qui borde le chemin. L’eau coule à profusion du rocher et nos toilettes à l’eau glacée nous procurent un bien être réparateur. A noter que Sylvie sera victime d’une sangsue gourmande. Notre mésaventure est une sérieuse mise en garde : la préparation à distance, aussi précise soit elle ne peut pas remplacer la recherche d’informations locales avant de partir. Le propriétaire de l’auberge nous fait un bon diner de chapatis  omelette et tchai arrosé d’un peu d’alcool local. Nous nous couchons vers 19h. Nous calerons nos rythmes de vie dorénavant sur le lever et le coucher du soleil car il n’y a pas grand-chose à faire dans le noir et il faut profiter des premières heures du jour, toujours plus limpides. L’usage de sacs et tapis de couchage est pratiquement indispensable car le lit est un ensemble de planches. Nous dormons profondément.

  • Le 9 octobre 2ème jour de Lilam aux approches de Bodiar (2322m)

Après pratiquement 13 heures de sommeil, nos corps n’ont pas oublié les efforts insensés de la veille. Lorsque nous voulons nous lever, nos jambes refusent tout effort et nous titubons pendant plusieurs minutes avant de pouvoir nous déplacer et sortir de notre gourbi de chambre. Il faudra 2 jours encore à nos corps avant qu’ils ne s’habituent aux exigences du trek. Il est 8 :00. Le ciel est bleu, parsemé de nuages. Nous ne partons que vers 10 :00 après un petit déjeuner (tchai, omelette et chapatis) . Nous doublons le village de Milam assez rapidement. Si le GPS nous indique une petite promenade de 12 km, la vraie vie nous apprendra que le double environ doit être réellement effectué, dans des conditions difficiles. En effet, les éboulements fréquents dus au grand encaissement de la vallée continuent de détruire de grandes portions du chemin. Ils sont le plus souvent déviés par des montées et descentes brutales et grossières passant sur les parties encore stable de la montagne.

La notion de kilomètre d’oiseau voit ainsi le jour. Et nous voudrions être des oiseaux pour éviter les ascensions inutiles nécessitant parfois l’usage de nos mains pour nous hisser ! Le départ tardif et les déviations nous empêchent d’arriver avant la nuit à Boudiyar. La pluie menace et nous nous arrêtons en surplomb de la Gori Ganga dans un lieu un peu abrité du vent qui s’est levé et nous refroidit. Les premières gouttes font leur apparition quand nous avons fini de monter la tente dans une cavité de la paroi. J’ai juste le temps de descendre chercher 2 litres d’eau dans le torrent, nécessaires au repas et à un semblant de toilette.

Le bois n’a pas manqué pour le feu. La pluie a redoublé pendant le repas (semoule de saucisson et sucreries). Nous nous apercevons en nous couchant que les coutures de la tente ne sont plus étanches. L’eau perle à l’intérieur et le pantalon de Sylvie s’est transformé en serpillère. Les sacs et les chaussures sont protégés par leurs bâches à l’extérieur. La pluie, heureusement s’arrête vers 22h. Les boules Quies viennent à bout du grondement du torrent, du tonnerre et du clapotis de la pluie sur la tente.

  • Le 10 octobre 3ème jour, jusqu’à Bodiar (2450m)

On se lève à 8 :00. Le ciel s’est lavé de tous ses nuages pendant la nuit. Ce sera une journée de repos car nous sommes proches de Boudiyar. Nous prenons le temps de sécher les affaires au soleil et profiter du paysage.

Nous arrivons au village après une heure de marche. Nous allons directement à la caserne positionnée à son entrée. Nous sommes bien accueillis car on nous offre des sièges et de l’eau. La procédure semble peu mise en œuvre ou très récente car les militaires sont hésitants. Il faut dire aussi qu’il y a si peu d’étrangers sur le chemin : je relève sur le registre un passage par jour sur les dernières semaines. Nous sommes loin en tous cas des enregistrements obligatoires avec photocopie de passeports et confiscation annoncée des appareils photos (j’avais pris un appareil photo supplémentaire pour le cas où…) Il faudra enquêter pour savoir si les assouplissements réglementant le trekking touchent aussi le Sikkim car cette région nous est fermée aux dernières nouvelles (obligation de passer par une agence officielle, guide obligatoire donc nombreux porteurs etc.) Il n’y a qu’un hôtel ouvert à Boudiyar, rustique et cher (285Rs) mais le responsable du restau est très sympa. Nous passons l’après midi à nous dorer au soleil sur la pelouse. Nous faisons notre première lessive à l’eau du torrent.

La soirée est exquise avec les muletiers qui tentent de nous souler à l’alcool local. Je vide le fond de leur jerrican crasseux en fumant un divin bidi : il n’y aura pas de cuite mais une sacrée migraine dans la nuit ! (mon cœur bat très lentement bizarrement à 50 – 60)

  • Le 11 octobre 4ème jour, de Bodiar à Raikot (3128m)

Le réveil nous sort du lit à 6 :30. Cela fait bien longtemps que le trafic bruyant des muletiers a commencé sur le chemin séparant l’hôtel du restau. Nous laissons 4 kg de bagages à l’utilité limitée dont 500g de semoule et les livres. Nous espérons ainsi être un peu plus à l’aise dans les prochaines montées. Le gardien nous demande 300rs que nous négocions à 100Rs. Nous avons encore 5 jours d’autonomie, ce qui est plus que suffisant. IL est impératif pour gagner du poids d’être plus précis dans la confection des menus pour nos prochaines expéditions. Les muletiers nous proposent par l’intermédiaire du responsable du restau de prendre nos sacs pour les laisser à Rilkot pour 300Rs. Nous refusons. Nous verrons bien jusqu’où nous pouvons aller par nos propres moyens ! Il fait très beau temps et nous marchons beaucoup mieux. Nous ouvrons religieusement le jambon de Bayonne et le comté pour le déjeuner dans une auberge où nous commandons du tchai. Ils seront dégustés avec les 5 chapatis emportés de Boudiyar.

Nous passons par des gorges extraordinaires laissant place à un emplacement idéal pour camper (30°14’8.79″N –  80°12’57.04″E). Nous nous y arrêterons pour la nuit au retour si cela est possible.

L’environnement a changé, passant des de la végétation tropicale aux conifères et aux pâturages lorsque nous arrivons à Railkot vers 16h.

Railkot est abandonnée de la plupart de ses habitants, définitivement ou pour la période hivernale. Deux familles sur trois sont déjà descendues. Nous avons la chance de trouver une maison pour nous nourrir (riz dal légumes) et nous héberger dans le grenier avec un vieil indien et quelques grosses souris qui s’en prennent à nos sacs à dos. Coucher à 19h 19:30.

  • Le 12 octobre 5ème jour, de Raikot à Ganghar (3416m)

 

Nous nous réveillons naturellement à 5 :30. Nous sommes maintenant bien en phase avec le soleil. On ne veut pas trop nous servir de chapatis pour le petit déjeuner. Ce sera donc du Maggi. Il faut être adaptatifs ! On part à 7 :15 sans avoir pu faire un brin de toilette : il n’y a pas d’eau. Nous corisons une des nombreuses familles qui vont s’établir dans la basse vallée pendant l’hiver. Qui restera-t-il quand nous arriverons en haut ?

Le chemin est devenu excellent car la vallée s’élargie mais le ciel nous inquiète. Les nuages s’amoncèlent rapidement sur les massifs au nord. Nous croisons même un bulldozer ! C’est surprenant et il faut croire que les autorités locales veulent transformer la piste muletière en route carrossable ?

Le soleil ne suffit plus à nous réchauffer lorsque nous sommes à l’arrêt. Au niveau de Burphu vers 10 :30  nous déjeunons dans une petite auberge sympathique. C’est notre dernier point civilisé car nous allons nous séparer de la route principale passant sur la rive gauche de la Gori Ganga en restant sur sa rive droite pour rejoindre la vallée du glacier de Pachhu.

En partant, l’aubergiste nous poursuit car il a peur que nous nous soyons trompés !

On se perd un peu dans les champs mais nous arrivons à Ganghar face à Pachhu vers 15h après avoir traversé deux villages abandonnés aux maisons murées. Le mauvais temps sévit dans la basse vallée et le vent glacé nous transperce. Le village est totalement abandonné de ses habitants comme nous l‘avions prévu. Nous nous installons dans ce qui peut être qualifié  de place centrale (30°24’2.38″N –  80° 9’15.00″E). L’eau coule d’un robinet dans une petite fontaine. C’est bien pratique.

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Nous cherchons du bois pour le feu et nous installons le foyer dans un petit bâtiment de pierre pour nous abriter du vent. Le bois ne manque pas. Les charpentes écroulées nous fournissent des branches de bouleau bien sèches.

Nous partons ensuite en exploration pour trouver l’entrée du chemin qui doit nous conduire demain au camp de base du Nanda Devi. Nous le trouvons sans difficulté derrière un petit temple. C’est un soulagement car nous n’en avions trouvé aucun signe sur la photo satellite de Google Earth. Il neigeote quand nous allumons le feu vers 16h. Nous préparons un thé pour nous réchauffer.

La nuit sera froide et longue à n’en plus finir. Les deux sacs de couchages ont été liés ensemble. Mais le froid nous réveille régulièrement.

  • Le 13 octobre 6ème jour, de Ganghar au Camp de base du Nanda Devi (3954m)

Le soleil se lève vers 5 :30. Les parois de la tente sont tapissées d’une bonne couche de glace provenant de nos respirations. Il en tombe de fines particules que nous sentons sur nos visages. Le ciel est complètement dégagé et nous pouvons maintenant apercevoir un dôme du Nanda Devi se dressant comme une invitation. Je gratte la glace pour éviter qu’elle ne fonde bientôt avec la chaleur du soleil. Nous rallumons le feu pour le petit déjeuner (muesli et capuccino à gogo)

Nous ne partons qu’à 8 :25 car le rangement du paquetage a pris du temps. Le chemin de la rive droite que nous pouvions aussi théoriquement emprunter est plus direct mais nous semble plus dangereux à distance en passant dans des éboulis instables. Les montées de notre chemin sont fort raides mais bien marquées. Nous ne regrettons pas notre choix.

La neige apparaît sur le sentier. Les traces très précises d’un plantigrade y sont inscrites. Elles sont aussi larges que mon empreinte de chaussure et deux fois moins longues. Sylvie a peur et veut déjà redescendre. Nous avons un sentiment de fort isolement ici. Dans la bibliographie de la région, je n’ai retenu que la présence de léopards des neiges, peu visibles et en voie de disparition. Il semble que ce soit un bipède. Il ne devrait pas s’agir d’un ours car on ne voit pas de trace de griffes. Il s’agirait donc d’un enfant yéti ? Sylvie n’est pas plus rassurée mais nous continuons .

Pendant ce temps, les nuages s’agglutinent sur le massif du Nanda Devi. Nous arrivons à 12 :15 sur le plateau qui domine le glacier du Nanda Devi.

A sa limite, une traînée d’avalanche a creusé de profonds sillons difficilement franchissables avec nos sacs à dos. Nous décidons de ne pas aller plus loin. Nous sommes à 1 km d’oiseau du camp de base.

Nous installons la tente dans les derniers bosquets de rhododendron (30°23’28.78″N- 80° 7’1.81″E). Ce doit être magnifique au printemps. Le bois mort est abondant et nous n’avons pas de difficulté à en amasser suffisamment pour nous protéger du froid et pour la cuisine. Nous récupérons la neige à la cuillère pour la faire fondre car il n’y a pas de sources à cet endroit. La nuit sera difficile avec un équipement trop peu adapté au froid. J’ai 6 couches de vêtements superposées. Nous tentons de nous protéger avec les couvertures de survie  mais rien n’y fait, nous frissonnerons toute la nuit !

  • Le 14 octobre 7ème jour de NDBC à Burphu (3186m)

Le réveil vers 5:30 nous récompense de nos efforts : le Nanda Devi se découvre à nous dans un ciel pur au jour naissant. Il surgit d’abord par nuances de gris et de bleus foncés Puis ses dômes se dorent aux premiers rayons du soleil.  Enfin les masses resplendissent dans des contrastes de blancs, ors, bleus et noirs. Nous restons médusés devant ce spectacle tant attendu. Le petit déjeuner attendra ! Nous sommes récompensés au centuple des efforts des jours et des nuits précédentes.

Nous partons à 9h vers Ganghar. Nous avons décidé de ne pas continuer vers Pachhu puis le glacier de Milam car nous estimons avoir trop souffert du froid. Nous avons rempli pleinement notre objectif en campant au pied du Nanda devi. Nous aspirons à un minimum de confort pour nous remettre de l’épreuve. Nous ratons une étape d’aventure sur des pistes peut être effacées, la traversée du glacier peut-être impossible et de nouveaux spectacles certainement incomparables. C’est certainement ce que l’on appelle la sagesse. La révision de notre agenda nous permet une journée de repos à Almora. L’équipement est essentiel pour avancer correctement  à haute altitude. Nous le réviserons sans concession avant le prochain trek, probablement pour le camp de base du Makalu. Il faudra résoudre le paradoxe opposant le poids à la qualité. La vue est beaucoup plus dégagée que la veille et le Nanda Devis nous accompagne longtemps dans la descente.

L’arrivée vers 11 :25 nous permet de nous laver sur le site de l’ancien campement et de déjeuner tranquillement. Il nous reste toujours les précieux jambon de Bayonne, Comté et chocolat noir Aldi. Nous manquons un peu de pain. C’est une impression bizarre de se retrouver seuls au cœur de ce village abandonné, d’en être pour quelques heures les seuls habitants.

Nous choisissons la voie basse plutôt que la voie haute où nous nous étions un peu égarés à l’aller. Le chemin est clairement barré de quelques pierres qui nous indiquent une voie sans issue. Nous espérons pouvoir surmonter les difficultés car nous sommes plus légers que les convois de mulets. Tout va bien jusqu’au moment où la piste disparaît dans le vide. Nous décidons, malgré tout, de passer en défaisant nos sacs et en nous collant à la paroi. L’exercice est relativement périlleux : Sylvie s’engage mal à un certain moment et peine à faire machine arrière.

La corde est un élément très utile dans ce trek ! Nous arrivons à Burphu qui nous semble ville morte. Un camion s’est bizarrement écrasé dans le ravin alors qu’il n’y semble pas y avoir de route… Les militaires ont bien l’intention d’en faire une mais pour aller où ? Il n’y a plus rien de stratégique dans la région, à moins de rouvrir la frontière avec le Tibet et la Chine colonisatrice, ennemie irréductible, semble-t-il, des indiens.

Mais nous sommes vite pris en main par un des rares habitants qui nous conduit dans sa maison et son échoppe. Il nous propose une chambre très propre à 100Rs dans sa maison traditionnelle. Lila, son épouse est une fine cuisinière et tous les deux sont vraiment très accueillants. Ils compteront sur nous pour leur faire de la publicité, ce que nous ne manqueront pas de faire ! (leurs coordonnées : 30°22’2.29″N – 80°11’1.72″E ) Attention : comme dans de nombreuses guesthouses, il n’y a pas de blanquette, il est important de voyager avec un bon sac de couchage même sans l’intention de camper. Ils descendent à Munsyari pour les 6 mois d’hiver, le 10 novembre. Ils remonteront à Burphu en avril. C’est donc dans le courant de ce mois que l’on peut organiser un trek, bien avant les premières pluies de mousson. C’est bon à savoir !

  • Le 15 octobre 8ème jour, de Burphu au campement près de Bodiar (2653m)

Nous partons à 8 :15 après un petit déjeuner de roti (chapatis beurré) bien arrosés de tchai. Lila nous a préparé 4 chapattis pour le déjeuner sans qu’on lui demande. Nous rejoignons le torrent à l’extérieur du village pour faire notre toilette car l’eau est apportée par jerricans dans les maisons. La route redevient plus difficile à cause des montées et descentes intempestives contournant les fréquents éboulements par les hauteurs dans la vallée à nouveau très encaissée. En fait le chemin devient de plus en plus long et difficile avec le temps. Le chemin commercial multimillénaire de Milam se dégrade au fil du temps. Si la route militaire se construit, il n’y aura plus de problème mais la raison d’être du trek disparaîtra en même temps !

Nous déjeunons en finissant le jambon et le comté.

Le temps reste beau jusque 15 – 16h puis quelques gouttes de pluie annoncent le mauvais temps. La fatigue se fait bien sentir quand nous arrivons au Lieu Merveilleux. Sylvie veut continuer en arguant qu’elle se rappelle un gourbi à peu de distance. Je la suis à contre cœur. Nous y arrivons effectivement rapidement mais je ne trouve pas le lieu très agréable : il y a des rats, de nombreuses bouteilles d’alcool vides et une grosse hache posée par terre. Nous déposons nos sacs et Sylvie commence à installer les matelas sur les planches disjointes.  J’arrive avec difficulté à la convaincre qu’il faut retourner à l’emplacement de rêve repéré à l’aller pour notre dernière nuit sous la tente. (30°14’8.79″N – 80°12’57.04″E) Mais la nuit tombe vite et nous plantons la tente dans la pénombre. Je trouve du bois en abondance charrié par la Gori Ganga. Je construis le foyer dans un recoin pour ne pas être trop visibles car nous sommes fort à découvert et la hache m’a impressionné.

Il fait bien 10°c de plus qu’à Burphu ici. Si nous n’avons pas vraiment chaud, la chaleur du feu nous pénètre suffisamment pour un diner confortable. Nous nous couchons à 19 :30, écrasés et fascinés par la verticalité du lieu.

  • Le 16 octobre 9ème jour, jusqu’à Bodiar (2450m)

Je me réveille avec le lever du jour mais j’attends longtemps dans mon duvet en espérant l’arrivée du soleil car il souffle un vent froid dehors. Il semble qu’il ne parviendra jamais au lieu du campement. Je sors pour allumer le feu et préparer le petit déjeuner. Je vais chercher l’eau dans la Gori Ganga.

J’y fais ma toilette. L’eau est vraiment glacée. Heureusement le soleil est de la partie et je me sèche avec volupté sur le sable fin déjà chaud. Nous profitons du spectacle extraordinaire de ces montagnes gigantesques léchées par le soleil, de ces couloirs creusés par la main de l’homme en des temps immémoriaux. Tout semble en même temps gigantesque et domestiqué ici. Nous trouvons ça et là des framboises délicieuses qui nous apportent les vitamines dont nous manquions depuis plusieurs jours. Nous ne partons que vers 10:40 notre record. Nous sommes proches de Boudiyar où nous nous arrêterons pour la prochaine nuit. Nous marchons d’un pas plus léger et nous sautons de pierre en pierre plutôt que de buter dessus. Est-ce l’habitude prise des chemins chaotiques ou le poids des sacs déchargés au fur et à mesure des leurs réserves de nourriture ?

Nous parvenons à Boudiyar en parcourant 3 km en une heure (TGV= Trekkeur Grande Vitesse). Quelques gouttes d’une pluie naissante  commencent à tomber quand nous retrouvons notre restau préféré. Nous retrouvons aussi notre sac. Nous laisserons une bonne part de la nourriture sur place car il est inutile de redescendre ces provisions à Munsyari et plus encore en France ! Sylvie invente le Rumikub de poche le plus petit du monde en découpant des carrés de papiers de son carnet. Nous passerons de très bonnes fins d’après midi avec ce jeu !

Nous rejoignons la cuisine rapidement après deux parties de Rumi pour nous réchauffer au coin de feu. Nous ne sommes pas les premiers. Nous passons une très bonne soirée avec les muletiers devant un repas de riz, de légumes (sibzi sûrement du turc sebze !) et de dal arrosé d’alcool local bu avec relative parcimonie pour éviter le mal de crâne. L’ambiance est feutrée. Nous sommes bercés par les douces et joyeuses conversations dont nous ne comprenons pas un mot. Quand je me lève, je titube et, cette fois, les marches forcées de notre périple n’y sont pour rien.

  • Le 17 octobre 10ème jour, de Bodiar à Lilam (1699m)

Le réveil sonne à 6 :00 mais cela fait bien une demi heure que les muletiers nous ont réveillés en commandant bruyamment leurs bêtes. Nous partons vers 8h sous un ciel parfaitement bleu mais il faudra attendre longtemps avant d’être réchauffés par les premiers rayons du soleil.

Sylvie tombe à la troisième heure de marche. Fatiguée, elle n’a pas vu qu’il n’y a que le vide bordant le chemin, surplombant le sol de plus d’un mètre. Elle tombe dans la terre meuble et se fait plus peur que mal. Elle aurait pu se tuer. C’est la seconde chute du trek.

Nous voyons peu de temps après de beaux singes gris blanc accrochés à la paroi montagneuse. Ce n’est pas un mirage, nous avons bien rejoins la zone tropicale. Nous décidons de nous arrêter déjeuner en leur compagnie, à proximité d’une auberge où un garçon, peu aimable, nous sert du tchai en maugréant. Nous croisons les seconds touristes du voyage, trois femmes anglo-saxonnes accompagnées de leur guide. Nous verrons leurs porteurs suivre avec une lourde caravane de mulets. Nous avions aussi rencontré à l’aller un couple voyageant à notre manière à hauteur de Martoli.

Nous sommes bien loin de la vallée du Kumbu et ses embouteillages de trekkeurs ! Nous arrivons vers 15 :30 à Lilam où le guesthouse gouvernemental est déjà fermé pour l’hiver. Un habitant nous récupère pour nous proposer une belle chambre (285Rs) et le couvert. Nous dormons bien mais nous sommes réveillés par des coups répétés et inquiétants dans la porte. Pas de voix. Ai-je rêvé ? j’imagine un brigand tentant de rentrer dans notre chambre. Puis des bruits de pas se propagent sur le toit. Il s’agit sûrement d’un singe ou d’un (très) gros rongeur. Sylvie, courageuse, envoie finalement un furieux coup de bâton dans le plafond. L’individu se sauve sans demander son reste.

  • Le 18 octobre 11ème jour, de Lilam au point final du trek  30° 7’57.61″N –  80°14’46.58″E (1807m)

Le petit déjeuner se compose de pommes de terre délicieuses un peu frites, des chapattis et du tchai national. Il nous en coûte 250Rs pour le diner et le petit déjeuner.

La dernière partie de notre marche se compose comme d’habitude de montées et descentes abruptes qui font pester Sylvie. Nous interrogeons les personnes que nous croisons à proximité du pont à partir duquel nous pensons que démarre la déviation allant vers Darkot. Tous nous indiquent un chemin étroit, infranchissable par les mulets. Il faut pour nous hisser à certains endroits défaire les sacs et user de nos mains. Nous ne comprendrons jamais où commence et finit officiellement le chemin de Milam ! Nous nous faisons doubler par un groupe d’hommes. Ceux-ci semblent nous attendre sur un surplomb. Nous imaginons qu’il va falloir toute la journée pour rejoindre Munsyari car nous ne voyons pas le bout de ce chemin escarpé. Nous ne nous dirigeons pas vers Darkot selon le GPS qui ne sait pas se tromper. Le groupe ne nous attend pas. Il attend un véhicule. Nous débouchons sur une piste grossière. Nous pensons que nous sommes peut-être arrivés à un endroit où passent des jeeps. Une vieille dame avec sa fille semblent attendre également. Nous nous asseyons peu de temps avant de voir arriver une jeep chargée de colis nombreux et d’une chaise à porteur en fer forgé sur la galerie de toit.

Les hommes la descendent ainsi que les colis. Parmi eux, je vois des bouteilles de whisky. Les soirées sont longues en hiver. Nous imaginons que la chaise à porteur va servir à descendre la vieille femme. Cela nous arrangerait bien car tout le monde ne pourrait pas monter ! Les hommes semblent rejeter l’option de la chaise à porteur pour se mettre à lier des morceaux de bambou. La grand-mère descendra sur des bambous ! Nous attendons sagement. Le chauffeur nous fait comprendre qu’il va nous emmener  à Munsyari. Nous chargeons les sacs sur la galerie après que la chaise à porteur y a été réinstallée. Les hommes descendent un dernier colis très lourd qu’ils installent avec difficulté sur les bambous. Il s’agit d’un « mantar ». Nous comprenons que c’est une pierre votive qu’ils vont descendre dans la vallée. La grand-mère n’aura que ses deux pieds pour les suivre ! Nous n’avons pas le temps malheureusement de voir notre équipage partir car le chauffeur a d’autres courses en perspective. Ici s’achève pour nous le trek de la vallée de Milam. Nous écumons la campagne pour prendre des voyageurs avant de rejoindre Munsyari.

Munsyari paraît bien bruyante après le calme de la montagne. Après un déjeuner à notre hôtel Pandey Lodge, nous recherchons les moyens de rejoindre le lendemain Almora, petite ville de villégiature renommée dans les collines en contreforts des Himalaya.

Le fils du patron nous trouvera une jeep (350Rs*2) dans la soirée. L’hôtel n’est pas chauffé et nous prenons notre diner dans le froid, en condamnant la porte d’entrée pour qu’elle ne s’ouvre pas avec les courants d’air glacés provoqués par le vent. Le Chicken curry nous réchauffe.

  • Le 19 octobre

Le réveil sonne à 5 :30. Nos sacs sont déjà prêts. Nous prenons notre petit déjeuner à 5 :50, se résumant du fait de l’heure matinale à des toasts et du tchai. Le taxi nous prend vers 6:20. Nous voyageons avec un jeune couple d’indiens en vacances. Ils sont éditeurs à Bombay et ont abandonné leur travail pour visiter l’Inde tant qu’ils ont des ressources. Voilà la classe moyenne émergeante indienne.

Il n’y a pas grand monde sur la route et le chauffeur doit s’arrêter à mi chemin pour nous transvaser sur un autre taxi. Cela devient une habitude ! Nous avons le temps et nous goûtons pleinement au repos imposé par le trajet dans des décors magnifiques, de plus en plus bucoliques. Tout est calme et charmant après les immensités minérales du Nanda Devi. Il nous suit toujours, majestueux, dans notre descente. Nous arrivons vers 15h à Almora. La jeep nous dépose car elle continue plus loin, probablement vers Haldwani. Nous payons les 700Rs convenus avec le premier chauffeur.

Nous partons vers la ville haute comme on nous a conseillé pour trouver un hôtel. Nous en trouvons un très sympa dans le Lala Bazar (Hôtel Ban Sal 500Rs   29°35’56.36″N – 79°39’34.80″E). Dans le quartier les mondes de l’ islamisme et et de l’hindouisme se cotoient. Le mariage est plus de raison que d’amour apparemment : quand je salue dans sa mosquée un imam en joignant mes mains sur la poitrine comme il est d’usage en Inde, il me reprend sur un ton très sec. Nous domestiquons la ville en trouvant un débit de boissons. Il est bien caché dans une rue parallèle. Seuls les hommes se promènent dans ces endroits et le patron de l’hôtel m’a demandé de m’y rendre seul. C’est mal connaître Sylvie ! (375ml d’un McDowell indien à 220Rs, très agréable, un peu plus sucré que le whisky écossais)

  • Le 20 octobre

Nous faisons rapidement une dernière lessive que nous accrocherons sur la terrasse. Nous nous dirigeons avec le GPS vers le Nanda Devi caché par la colline qui surplombe la ville. Nous aimerions le saluer avant de rejoindre la morne plaine. Nous empruntons des routes qui nous conduisent directement dans un parc où il se découvre dans son massif au travers de la pinède. Il nous faut franchir une clôture de fils barbelés entourant un terrain militaire pour nous élever suffisamment. (29°37’13.85″N – 79°40’39.80″E). Sur ce promontoire, la vue est superbe. C’est un hommage comme il se doit à cette montagne qui nous a fait tant souffrir et rêver.

Après un déjeuner de momos, nous nous rendons à la gare, heureusement proche de l’hôtel. Un bus part pour Delhi tous les jours à 7:00. Nous sommes heureux de pouvoir faire le trajet d’un coup.

Nous visitons cette ville très agréable et colorée où les singes ont pris leurs quartiers. On achète deux tenues indiennes pour Sylvie, une tablette à chapattis (90Rs) pour les repas exotique de Thimécourt ainsi qu’une paire de baskets pas chère (200Rs) mais les deux pieds sont identiques !

  • Le 21 octobre

Le réveil sonne à 5 :30 et le patron nous apporte le petit déjeuner dans notre chambre à 5 :50. Quelle amabilité ! Quand nous arrivons au bus stand à 6 :20 le bus n’est pas encore arrivé. En voilà un qui arrive à 6 :30 et je demande au chauffeur s’il va à Delhi. Il me regarde comme ci j’étais un martien et m’indique l’écriteau en hindi « Evidemment qu’il va à Dehli ! » Le trajet (331Rs*2) est très long, surtout sur la première partie du trajet. Le reste de la route indiqué par le GPS sont aussi des km d’oiseau mais cette fois non pas à cause des nombreuses déviations et lacets mais à cause des embouteillages. Le bus cotoie les voitures à bras aussi bien que les ânes et les piétons.  Nous mettrons juste 12 heures pour parcourir 330km jusqu’à la gare de Ghaziabad. Le train ne va pas beaucoup plus vite mais c’est une bien meilleure façon de voyager tant qu’il n’est pas bondé. Le métro nous permettrait de nous rendre à Pahar Ganj mais nous lui préférons un ricksaw (200Rs) pour prendre un peu l’air. Un rabatteur nous amène dans un hôtel convenable à 600Rs. Nous retrouvons les kingfisher et les frites dans les bars de Main Bazar. La civilisation a du bon. Dans Main Bazar, rentrer dans le premier bar à partir de NDRS sur la gauche plutôt que dans le second un peu plus loin sur la droite. Le personnel y est plus sympa, la nourriture meilleure et la bière moins chère !

  • Le 22 octobre

Cette fois, nous sommes réveillés vers 5h par des incantations et des tintements de cloches émanant d’un temple hindouiste voisin. Les religions sont un vrai bonheur dans l’expression de leurs rites !  L’hindouisme bat l’islamisme par leurs durées ! Nous cherchons vers 8h un restau pour prendre le petit déjeuner. C’est peine perdue. Le quartier dort encore, comme s’il avait la gueule de bois. Nous sommes moins des montagnes où la vie commence avec et même avant  le lever du soleil. Nous nous rabattons dans une petite gargote à deux pas de l’hôtel. Le patron est très accueillant. Il travaille avec son père et avec son fils. 4 toasts beurrés pour 20Rs et tchai à 7Rs.

Sylvie ne veut plus retourner à la Cuma camii car elle a reçu une pierre la dernière fois. On l’oblige aussi à s’accoutrer dans une sorte de djellabah étouffante en tissu synthétique. Mais la mosquée du vendredi est la plus belle du monde avec ses marbres blancs et ses grés rouges. La luminosité est aussi bien meilleure en cette fin de mois d’octobre. Je propose cependant à Sylvie de nous organiser une autre visite pour remplir notre dernière journée en Inde. Un musée ? Un autre monument ? Elle ne trouve pas et nous voici repartis pour ce sanctuaire au ticket d’entrée prohibitif (300Rs aujourd’hui, 100Rs il y a encore un an. Mais quand on aime on ne compte pas). Pour finir et habillée en indienne, on la laissera passer sans déguisement ! Nous allons ensuite faire des emplettes : une bague en argent avec une belle améthyste pour Sylvie, un jean et un tea shirt pour moi. Nous retrouvons mon vendeur de patchouli à qui nous commandons le plus gros flacon possible (400Rs) Nous prenons un butter chicken extraordinaire au diner (premier bar) arrosé à la bière.

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